The Naked Presenter

Garr Reynolds, l’un des gourous de la présentation, abandonne la conception des slides et leur design, sujets de ces livres précédents,  pour s’intéresser au sujet plus central de la présentation: il y a une vie au delà du slide, il FAUT même absolument qu’il y en ait une.

Si Presentation Zen trouvait son origine dans le Bento, the Naked presenter trouve la sienne dans le bain Japonais. C’est en faisant le lien avec cette tradition Japonaise que l’auteur met au grand jours les éléments qui font, selon lui, une grande présentation comme créer une connexion simple avec l’audience, naturelle et sans artifice.

Si Presentatation Zen et son successeur, Présentation Zen design, étaient principalement focalisés sur la phase de préparation de la présentation avec le design et la création des slides, on est ici, avec The Naked Presenter, dans la partie « livraison » de la présentation. Si, dans ses précédants livres, Garr Reynold s’est intéressé aux techniques avancées de communications que sont le design des diapositives, ils pensent que les aspects fondamentaux restent les mêmes, avec ou sans slides: communiquer naturellement et efficacement (par exemple, l’auditeur doit avoir l’impression d’une conversation naturelle, même si vous avez – et devez – vous entraîner des heures). Les outils comme les slides, les vidéos ne sont efficaces que s’ils amplifient un message déjà clair. Délivrer un message clair et être compris de l’auditoire, avec des slides ou à nu: voici l’objectif du livre.

La tradition du bain japonais implique:

  • Etre au même niveau que les autres
  • Etre exposé aux autres
  • Avoir enlevé tous les masques et les barrières entre soi et les autres
  • Etre nu: enlever le non nécessaire pour exposer le plus important (je vous laisse mal interprété cette phrase)
  • Etre préparé
  • Faire attention au temps.

Ce sont ses six éléments que Garr Reynolds va décliner tout au long du livre, et tout au long des différentes phases de création de la présentation.


Sur la préparation. Bien que ce livre ce consacre sur la délivrance du message, Garr Reynold rappelle qu’ « une bonne présentation est le résultat d’une préparation appropriée. ». Il nous rappelle donc que préparer une présentation est une activité créative, qui demande un environnement propice: solitude, pas d’interruption. Un point également, Garr Reynold conseille de passer dans les premières phase de création en mode analogique: Comme le disait John Cleese des Monthy Python: « on ne sait pas vraiment d’où viennent nos idées, par contre, on est sûr qu’elles ne viennent pas de notre ordinateur portable. » Pour cette phase de réflexion, Garr Reynold, à l’instar de Simon Sinek, donne le conseil suivant: « start with why« . Commencer par se poser la question du pourquoi. Le but d’une présentation est toujours de changer quelque chose dans le public, le déplacer d’un point A vers un point B. Encore faut il connaître le point A, c’est à dire connaître le public auquel on s’adresse. En pour le déplacer, une présentation doit parler, comme le disait Aristote, à la personne entière, c’est-à-dire à la fois à la raison, mais aussi à l’émotion, et doit être basé sur le caractère du présentateur. Enfin, la préparation est le moment de faire un choix crucial: allons nous aborder en largeur ou en profondeur. Souvent, à vouloir faire les deux, on risque de ne pas y arriver: donner trop d’informations sans laisser de temps pour relier les points est une erreur classique de communication.

L’art de la narration est ainsi au coeur d’une bonne présentation. L’homme est prédisposé à ce rappeler ce qui est raconté ce qui est sous forme d’une histoire. Une histoire est toujours basée sur un conflit, un contraste qui est l’élément essentiel de l’histoire et qu’il faut aller chercher. Une manière simple de composer son histoire est d’identifier le problème et sa cause, et trouver comment on le résout.

Enfin, le dernier élément de préparation se passe juste avant la présentation. Préparer la salle, disposer d’une télécommande si l’on a des slides, s’entraîner cinq à six fois à faire la présentation entière, placer les gens au plus près, aller parler avec eux avant la présentation.


Connexion.Le but de la présentation est de créer une connexion avec le public. Le contenu seul de la présentation n’est pas suffisant il faut une connexion émotiennelle avec l’auditoire. Et pour cela, on a besoin des trois P:


  • Punch: Il faut insuffler de l’énergie dans la présentation, surtout au début pour donner le ton et happer l’auditeur. Des éléments comme de l’humour, une touche personnelle, de la nouveauté, de l’inattendu, du challenge voire de la provocation vont insuffler du punch dans votre présentation. Ne jamais commencer par l’agenda ou s’excuser.
  • Présence: il est très important d’être présent (focus on now), concentré sur l’instant présent plutôt que de lire ses notes. Il faut être authentique, le public n’a pas besoin de perfection. Il faut prendre le risque d’être soi même
  • Projection: ce n’est pas seulement ce que vous dites, qui compte, c’est ce que vous représentez. La manière dont vous êtes habillé (mieux vaut trop que pas assez en cas de doute), la manière de se déplacer, la manière de parler font partie du message, contact visuel.

Passion, proximité et jeu. On a mieux à faire que réciter son texte. On peut insuffler autre chose dans une présentation avec de la passion, de la proximité et du jeu. On ne devrait tout d’abord pas avoir honte de montrer sa passion, ses sentiments dans la présentation. L’image que l’on doit avoir en tête est celle d’un artiste scénique. Il faut également commencer par être intéressé pour devenir intéressant, intéressé à la fois par votre travail mais aussi par les autres. Il faut mettre une part d’émotion. La logique est nécessaire mais pas suffisante. Les gens sont généralement sceptiques par rapport à une nouvelle idée et le rationnel seul les convaincra difficilement. De plus l’émotion est liée à la mémoire. L’émotion est contagieuse. Il faut compter aussi, sur ce plan, avec l’importance du sourire.

II faut ensuite interagir avec proximité avec l’auditeur. La distance entre le spectateur et l’audience a un rôle fondamental sur l’efficacité de la communication (il faut bien sûr tenir compte des différences culturelles). Il y a trois types de distances: (1) Distance avec l’auditeur, (2) distance entre les auditeurs (3) enlever les barrière entre soi et l’auditeur (exemple de Phil Collins qui a abandonné la batterie pour cette raison). La distance visuelle peut être une barrière. Le texte doit être visible même du fond la salle.

Enfin, il faut développer l’aspect ludique. Nous sommes nés pour jouer. L’opposé du jeu n’est pas le travail, mais la dépression. La présentation peut aussi être divertissante. L’humour devient alors un élément clef et il ne faut pas se prendre trop au sérieux.


Tenir le rythme. La quintessence du Naked Presenter, c’est le comédien de stand up. Il faut pouvoir garder l’attention du public tout au long d’une série de sketch, seul, face à un public qui attend de vous l’une des choses les plus difficiles: les faire rire. Comment garder le rythme? Comment faire que votre exposé, qui a démarré en fanfare, ne lasse le lecteur. Sur ce point, nous avons beaucoup à apprendre du cinéma. En effet, au cinéma, on est passif (sauf pendant une séance du Rocky Horror Picture Show) et pourtant les films gardent l’attention du public pendant des heures. C’est la manière dont est construit le film, avec ces changements de rythme, qui maintient cette attention. Comme un film, la présentation doit être décomposée en séquences de 10 à 15 minutes (le temps d’attention maximal qu’une personne peut accorder en étant passif) avec des ruptures de rythmes. A chaque séquence, un élément nouveau doit aparaître pour animer à nouveau l’intérêt de l’auditeur.

Points Forts, points faibles et mon avis sur le livre.

The Naked Presenter a l’ambition d’aborder les fondements de la présentation, le coeur de ce qui fait une présentation réussie. C’est donc un livre de fond qui vise, non pas à donner les trucs et astuces pour mieux réussir, mais à vous faire comprendre le pourquoi profond d’une présentation d’excellence. C’est donc un changement long que ce livre initie. De ce fait, le livre aura les défauts de ses qualités: à l’instar de Présentation Zen, il laissera sur sa faim celui qui est en quête de solution immédiate à ses problèmes. Même s’il distille au passage de bonnes idées à appliquer tout de suite, le livre ne s’apparente pas à une liste de bon tuyaux pour gérer son stress. C’est donc loin d’être un livre pratique, ce qui décevra certains.

Il est à noter également la magnifique présentation du livre, les photos sont magnifiques et le livre lui-même est sûrement la preuve de l’excellence de Reynolds. Chapeau également pour l’effort de construction de son auteur, avec ses parallèles avec l’univers zen du japon qui rend à la fois la lecture extrèmement agréable mais qui permet aussi une meilleure assimilation des concepts clefs: fond et forme sont dans ce livre au service l’un de l’autre, ce qui est peut-être le message le plus fondamental de l’auteur.

The Naked Presenter, disponible sur Amazon. Vu la beauté des images du livre, préférez l’édition papier à l’édition Kindle.

Presentation Zen

C’est lors d’un voyage au Japon, dans le train, en contemplant d’un côté son Bento (petit plateau repas japonais) et de l’autre, les diapositives powerpoint sur lesquels il travaillait que Garr Reynold prend conscience qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans la manière de réaliser les présentations. D’un côté, un ensemble d’éléments, parfaitements agencés, ou chaque chose est à sa place, qui marie pratique et esthétique. De l’autre, un alignement de « bulletpoint » sans attrait et des insipides « clip art ». C’est cette prise de conscience, que l’auteur de Présentation Zen souhaite nous faire partager.

Garr Reynolds nous présente ici une approche plus qu’une méthode: présentation zen n’est pas vraiment un guide pratique pour faire de plus belles présentations (ce sera plutôt le rôle qu’aura Présentation Zen DESIGN) mais plutôt un manifeste et une explication de ce qui fait une belle présentation. Présentation Zen délivre plutôt le plan de la maison, que les outils pour la construire.

Pour l’auteur, la première étape est de prendre conscience de ce qui ne va pas. Et ce qui ne va pas, c’est Powerpoint, ou plus précisément la manière dont on utilise powerpoint. Selon Seth Godin, Powerpoint pourrait être l’outil le plus puissant qu’héberge votre disque dur, dans les faits, « Powerpoint is Evil », comme le soulignait le magazine Wired. Il y a en fait, selon Garr Reynolds un décalage profond entre notre manière naturelle de communiquer et la manière dont on communique aujourd’hui avec Powerpoint (à base de graphiques, de bullet point et de texte).

Une présentation avec des diapositives devrait avoir plus à voir avec un film documentaire, un reportage photo, qu’avec un rapport technique. Pourtant, c’est rarement le cas, les faits successifs apposés sur diapositives laissent souvent peut de place à la narration, l’art de raconter une histoire, le storytelling, l’émotion. En effet, la communication a fondamentalement un aspect émotionnel, et pas seulement un aspect rationnel. De ce fait, une bonne présentation doit également apprivoiser le cerveau droit, le cerveau émotionnel. Pour cela, Reynolds reprend les 6 éléments indispensables mis en lumière par Danier Pink dans L’homme aux deux cerveaux:

  • L’empathie: il faut mettre de l’émotion dans le discours, même si c’est le rapport financier de votre association.
  • La narration: les faits (statistiques, chiffres,etc) sont disponibles à côté dans un dossier, on peut les consulter en ligne, on peut les envoyer par mail, ils n’ont pas forcément leur place dans la présentation et doivent laisser place à une histoire personnalisée.
  • La synthèse: il faut toujours garder en tête la Big Picture et faire le lien avec elle. Ce n’est pas le moment d’exposer les détails techniques.
  • Le sens: l’auditeur se rappellera de votre présentation si vous lui donner un sens, si vous lui apprenez quelque chose.
  • Le jeu: soyez joueur, utiliser l’humour.
  • Le Design: il doit entrer en jeu dès les première phases de présentation pour donner du sens au message. Ce n’est pas juste de la décoration que l’on rajoute pour faire joli.

Reynold s’intéresse dans le livre aux différents aspect du cycle de vie de la présentation, de sa création, sa mise en forme à son déroulement.

Les premières phases de préparation. Il faut attaquer les premières étapes avec l’esprit du débutant (beginner’s mind) et non celui de l’expert. Faire une présentation est un acte créatif et il faut envisager les différentes possibilités qui s’offre à soi sans oeillères. le tri rationel viendra après. L’auteur conseille de faire les phases préliminaires sur papier et non de commencer directement les diapositives. Ainsi, on libère plus facilement sa pensée. C’est aussi le moment de se poser les bonnes questions: non pas combien de slides ou combien de bullet par slides mais plutôt: qui est l’auditeur? de combien de temps je dispose? Pourquoi m’a-t-on demandé de parler? et surtout, la question ultime: quel est le point central de ma présentation? Il faut avoir en tête l’elevator pitch: si vous deviez faire votre présentation en 30 secondes, que diriez-vous? Le lien avec la « big picture » devient immédiat.

Après le brainstorm vient l’heure du tri: il faudra déterminer ce qui fera partie des diapositives (ce qui sera sur l’écran), ce qui fera partie de vos notes (ce que vous direz mais qui ne sera pas écrit) et ce qui fera partie du hangout (ce qui ne sera pas écrit, que vous ne direz pas, mais que l’auditeur pourra consulter s’il le désire). Ce tri est l’étape indispensable pour ne pas faire du « slidument ».

Raconter une histoire: Préparer une présentation, c’est raconter une histoire que l’auditeur devra se rappeler. Mais qu’est ce qui fait qu’un message reste ancré dans la mémoire de l’auditeur. Reynolds fait à nouveau référence à un autre livre: Made to Stick et les 6 principes qui font que l’on se rappelle d’une idée:

  • La simplicté: on retient plus facilement une chose simple qu’une chose compliquée
  • La surprise: Rouler en Porshe coûte moins cher que rouler en Laguna.
  • L’aspect concret: 1000 chansons dans votre iPod plutôt que le 40 gigaoctet de stockage.
  • la crédibilité: si le plus grand spécialiste mondial de la question l’a dit, c’est que c’est vrai.
  • l’émotion: si une idée est marqué avec une emotion forte, on la retient plus facilement.
  • La narration: le processus narratif aide à retenir les idées. Il faut donc rester toujours sur le coeur du message, comme lorsque l’on raconte un conte.

Reynold s’attarde sur la simplicité, essentiel à ses yeux: Simplifier, c’est enlever tout ce qui est non-essentiel ou dit autrement, essayer d’avoir l’effet maximal avec le minimum de moyen. La simplification a paradoxalement un effet amplificateur.

Créer sa présentation. Lorsque l’on crée une diapositive, il faut garder en tête ce principe simplicité. Il y a un rapport bruit contre signal qu’il faut optimiser au maximum. C’est là que le design rend la communication meilleur en amplifiant le signal et en réduisant le bruit. L’auteur illustre ce propos par exemple, en l’illustrant avec les graphiques en 3D. Ceux-ci n’apportent pas d’nformations supplémentaires (signal) par contre, ils vont augmenter le bruit. De même des logos apposés à toutes les diapositives. Par contre, un élément non-essentiel n’est pas forcément du bruit, il peut amplifier le message (sinon, la meilleur présentation serait en noir sur blanc). Des choses telles que le contraste, la répétition, l’alignement ou la proximité des éléments viennent supporter le message délivrer. L’idée de l’auteur est que dans un slide, aucun élément ne doit être là par hasard. L’utilisation des images a aussi un impact très fort et il conseille de les utiliser souvent sur la largeur complète de la diapositive.

Enfin, l’espace vide doit être considéré comme un élément à part entière et l’on peut facilement améliorer le design en s’appuyant sur la règle des tiers.

The D. Day.  Les diapositives ne font pas tout, il ne faut pas oublier que le jour de la présentation, c’est un être humain qui parle à d’autres êtres humains. La manière de communiquer durant la présentation doit être naturelle (même si se naturel est le résultat de répétition de malade) et se rapprocher le plus possible d’une conversation. Le premier conseil qu’il donne pour cela est d’être « présent ». Vous savez cette sensation lorsque vous discutez avec quelqu’un qui vous écoute à peine. Eviter cette sensation à votre auditoire en récitant votre laïus en pensant à vos prochaines vacances. Soyez également flexible, n’hésitez à changer votre plan ou vous adapter si des événements imprévus arrivent.

Cela vous permettra de bâtir les premiers éléments d’une connection avec l’audience. Celle-ci sera d’autant plus forte que vous mettez dans votre présentation de l’énergie et de la passion dans votre discours. Eviter aussi les barrières entre vous et l’audience. laisser la lumière pour que l’on vous voit bien et quitter le pupitre. Enfin, en ce qui concerne la longueur, finissez toujours avant la fin du temps réglementaire afin de laisser l’auditeur légèrement sur sa faim plutôt qu’avec une digestion lourde.

 

Une très bonne introduction à la problématique de la présentation et un bon moyen de prendre conscience de ce qui ne va pas. Même s’il permet d’améliorer sensiblement ses présentations en prenant conscience de ce qui ne va pas, Présentation Zen n’est pas un guide pratique: vous ne saurez pas, par exemple, faire les choix de couleurs, ni comment faire une bonne prestation à la fin de cet ouvrage, ce qui laissera certains sur leur faim. Cependant, c’est une très bonne entrée en matière, qui ne laisse pas indifférent.